dimanche, juillet 3, 2022
Home Santé Séroprévalence du COVID-19 :: Des gaps importants entre les résultats réels et...

Séroprévalence du COVID-19 :: Des gaps importants entre les résultats réels et ceux déclarés

C’est l’une des conclusions de l’enquête réalisée par Epicentre dans certains pays d’Afrique et au Yémen.

Par Nadia Abiyé M. avec Epicentre

Le 12 décembre dernier un webinar avec pour thème : « COVID-19 en Afrique & au Yémen : que nous apprennent les enquêtes de séroprévalence ? » a été organisé en vue de livrer les premiers résultats desdites enquêtes de séroprévalence menées dans certains pays d’Afrique dont le Cameroun, et au Yémen.

Directeur des opérations médicales à Médegin sans Frontières (MSF) Afrique de l’Ouest (MSF WACa), Salha Issoufou, explique que le coronavirus est arrivé en Afrique au premier trimestre 2020 dans un contexte de faible utilisation des services de santé. L’on soupçonne de nombreux cas mais il y a une faible disponibilité des données fiables, qui a pour conséquences le manque de taux d’attaque de la maladie et des décès des suites de celle-ci. L’accès aux tests de dépistage est aussi faible.
Pour Médecins sans Frontières, il faut ajuster les opérations par rapport aux risques réels ; identifier les groupes cibles pour que MSF et les ministères en charge de la Santé prévoient des réponses adéquates ; rendre disponibles des tests ; prendre des mesures de contrôle basées sur les évidences scientifiques ; réévaluer la question de confinement (aux coûts économiques très élevés). Il s’agissait simplement d’orienter les décisions dans la lutte contre le COVID-19.

L’on retient que même si le nombre de cas est moins en Afrique, particulièrement, qu’en Occident, « toutes nos enquêtes montrent des proportions de personnes ayant été infectées par le virus plusieurs dizaines, voire plusieurs centaines de fois supérieures aux taux d’attaque des cas confirmés dans ces pays », souligne Etienne Gignoux, épidémiologiste à Epicentre et coordinateur de ces enquêtes. « En outre, les personnes séropositives rapportent plus souvent avoir eu au moins un symptôme associé au COVID-19 que les personnes séronégatives », poursuit-il.

Dans toutes les enquêtes, on a également observé une hausse de la mortalité pendant la pandémie par rapport à la période avant sa survenue. Cette hausse est particulièrement élevée chez les plus de 50 ans. En dépit d’une population plus jeune, les personnes séropositives déclarent avoir ressenti des symptômes. Ce faisceau d’indices suggère une forte sous détection et sous notification des cas.

La population âgée et à risque est très peu nombreuse en Afrique

Rien n’indique que le continent africain a été plus épargné qu’un autre d’autant plus que ces enquêtes ont été effectuées avant les vagues des variants delta et omicron. Les personnels de santé, et les personnes les plus âgées, semblent avoir été particulièrement affectés.

Céline Langendorf, coordinatrice laboratoires d’Epicentre, dans les enquêtes sérologiques, le déclin des anticorps dépend de l’âge du client et du type. Deux types de tests, bien qu’utilisant le même anticorps, peuvent donner des résultats différents. La sensibilité du test dépend aussi du temps ; elle peut se renforcer au fur et à mesure que le temps passe.

Le Pr Pierre Ongolo-Zongo, vice-président du groupe Consultatif national sur la vaccination au Cameroun, a rappelé que ces enquêtes aidaient à comprendre la maladie et à pouvoir s’organiser pour les prochaines ripostes, et qu’elles devaient orienter les décisions en termes de choix vaccinal. Ce qui revient à poser autrement la question de l’égalité vaccinale. Comme le spécifiait au journal Le Monde en parallèle du Webinar, le Pr Yap Boum, représentant d’Epicentre pour l’Afrique, soutient que « cela doit nous conduire à poser la question de la valeur ajoutée d’une vaccination généralisée. Il faut oser dire que certains pays ont peut-être d’autres priorités de santé publique. » En effet la population âgée et à risque est très peu nombreuse en Afrique. Ce qui peut expliquer le plus faible nombre de morts rapportés et relativise la pertinence d’une action de vaccination ciblant tous les âges. De plus, cette stratégie détournerait des ressources déjà limitées, alors qu’un ciblage de la population à risque – les plus de 50 ans et le personnel médical – beaucoup moins nombreux serait beaucoup plus efficient. Si la vaccination du personnel de santé et des personnes les plus vulnérables s’avère indispensable, des réponses locales et contextualisées semblent en revanche nécessaires pour le reste de la population.

- Advertisment -

Most Popular

Recent Comments

fr_FRFrançais