lundi, juillet 4, 2022
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Ranece Jovial Ndjeudja : “ Plus de 2000 hectares de forêts perdus en moins de deux ans ”

 Responsable de la Campagne Forêt chez Greenpeace Afrique, il pense en outre que l’exonération des taxes à Camvert est la preuve que le gouvernement est indifférent aux cris des populations de Campo et de Niété.

Par Pierre Ulrich Edong

Le gouvernement camerounais a décidé d’exonérer Camvert des taxes. Comment réagissez-vous à cette décision ?

Cette décision est, à nos yeux, une prime à la destruction et une récompense octroyée à Camvert pour la violation de la législation camerounaise dont cette entreprise est auteure depuis le début de ses activités dans l’arrondissement de Campo. C’est aussi la preuve que, malheureusement, le gouvernement reste sourd au cri des populations de Campo et Niété déjà impactées négativement par les effets de ce projet.

Une telle mesure, en plus de son impact économique, quelle conséquence peut-elle avoir sur l’environnement ?

Avec cette décision, la compagnie est confortée dans son entreprise de destruction des forêts et de la biodiversité. Nous sommes à plus de 2000 hectares de forêts perdus en moins de deux ans et ce chiffre va croître dans les mois et années à venir: c’est le sens même des exonérations accordées dans le cadre de cette décision, à savoir permettre à l’entreprise de s’installer. De plus, au regard des activités que Camvert prévoit d’implémenter, il est à craindre que la pollution dans la zone devienne une réalité prégnante, notamment des cours d’eau. Par ailleurs, le microclimat de Campo s’en trouvera changé du fait de la perte du couvert forestier. Les populations de la zone en font d’ailleurs déjà cas.

Quels sont les effets sociaux qu’elle peut entraîner ?

Les effets sociaux sont multiples. Au-delà des impacts que l’entreprise présente comme positifs, et sur lesquels d’ailleurs, de nombreuses limites peuvent être relevées et critiques émises, il est à craindre des impacts tels que l’accroissement des conflits homme-homme à l’intérieur et entre les villages ainsi que des conflits homme-faune du fait de l’amenuisement des espaces pour des populations dont le nombre va indubitablement croître. De plus, il est à fortement craindre la perte des repères, notamment des populations autochtones Bagyelis dont, on le sait, l’attachement à la terre et aux forêts est essentiel à leur existence. La disparition de cette forêt entraînera indubitablement la disparition de leur culture, de leur mode de vie, de leur spécificité, en bref, de ce qui fait de ces communautés, des autochtones.

Pour vous, quelles en sont les solutions ?

Bien que n’ayant pas de panacée, nous pensons, de manière générale, que toute proposition de solution devrait commencer par l’approche de développement des projets dans notre pays. Tant que les populations ne seront pas pleinement associées au développement et à la mise en œuvre des projets, ceux-ci n’auront jamais l’impact annoncé. En ce qui concerne ce projet Camvert, ce sont les fondements de consultation et de consentement des communautés qui ont été faussés à la base. Dans le fond, nous pensons qu’un appui substantiel aux communautés et leur encadrement permettrait au Cameroun de retrouver le niveau de production qui a jadis été sa force dans l’atteinte de l’autosuffisance alimentaire vantée par nos politiques il y a de cela quelques décennies. Tout ceci en cohérence avec la protection de nos forêts car nous pensons également que nos communautés sont certainement les mieux placées pour exposer sur les approches coutumières de gestion durable de nos forêts et ressources qui ont permis que nos forêts riches et essentielles à la vie.

Que dites-vous d’autre ?

Il est encore temps pour nos gouvernants d’agir. Il leur revient de se décider à mettre pause et à écouter les populations de ces arrondissements, le risque étant de devoir gérer d’autres conflits qui éclateront indubitablement plus tard au regard de la pression foncière observée dans le département de l’Océan en général.

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