Gestion des grossesses à l’école : au-delà d’une simple circulaire ministérielle

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    La décision de la ministre des Enseignements secondaires soulève le débat sur l’échec de la planification familiale et de la non-application du Protocole de Maputo.

    Par Nadia Abiyé M.

    Au marché de Mvog-Mbi, Fanny (nom d’emprunt), à peine 16 ans, doit braver les intempéries avec son bébé pour glaner quelques pièces d’argent. Il s’agit de trouver de quoi subvenir à ses besoins et ceux de son enfant. L’adolescente était en classe de quatrième dans un lycée dans l’arrondissement de Yaoundé IVème qu’elle est tombée enceinte d’un élève de première du même établissement. « Le père n’a pas accepté d’assumer. Je suis moi-même un enfant naturel. Ma mère n’a pas eu moyen de garder l’enfant parce qu’elle a aussi la charge de mes trois petits frères et sœurs. Elle aurait pu supporter encore si j’avais été autorisée à aller à l’école avec la grossesse. Elle m’a trouvé un petit fonds pour que je me batte comme je le fais ici au marché », raconte l’adolescente. Lorsqu’on lui demande ce qu’elle compte faire dans l’avenir : « Je ne sais pas encore ; j’ai déjà la charge de mon fils que je dois envoyer à l’école dès qu’il atteint l’âge scolaire », répond-elle. Un avenir gâché.

    Un sort réservé à plusieurs jeunes filles au Cameroun. Car certaines données révèlent qu’au moins une adolescente sur quatre tombe enceinte à l’école. Sur la toile, des révélations donnant froid dans le dos sont régulièrement faites : des élèves engrossées par dizaines, parfois par des enseignants censés les éduquer. Au niveau mondial, l’Organisation mondiale de la santé (Oms) estime de plus que « 21 millions de jeunes filles âgées de 15 à 19 ans tombent enceintes chaque année dans les régions en développement et environ 12 millions d’entre elles mettent au monde des enfants ; au moins 777 000 jeunes filles âgées de moins de 15 ans mettent au monde des enfants dans les pays en développement ».

     Et du coup, la circulaire du ministre des Enseignements secondaires du 22 avril 2022, portant modalités de gestion des cas de grossesses des élèves dans les établissements scolaires publics et privés d’enseignement secondaire est appréciée par plusieurs. Une circulaire qui prévoit « l’accompagnement psychosocial et psychologique de l’élève concernée » en période de scolarité. Des sanctions sont également prévues lorsque l’auteur de cette grossesse est un enseignant. La ministre reconnaît, pour ainsi dire, que les rapports insidieux entre élèves et enseignants, devenus légions, sont réels et constituent une menace pour la scolarité de la jeune fille. D’ailleurs, la circulaire du 22 avril dernier a indiqué clairement que l’exclusion de ces futures mamans constituent des causes de déperditions scolaires.

    Protocole de Maputo

    La problématique de l’élève-mère vient en outre rappeler à l’état de ses engagements relativement au protocole de Maputo par lequel le Cameroun, signataire et ayant ratifié le document, s’est entre autres engagé, selon l’article 51 des Observations Générales N° 2 sur l’Article 14.1 (a), (b), (c) et (f) et Article 14. 2 (a) et (c)) du Protocole à la Charte Africaine des Droits de l’Homme et des Peuples relatif aux Droits de la Femme en Afrique à « veiller à ce que les établissements d’enseignement primaire, secondaire et tertiaire introduisent les questions des droits sexuels et reproductifs dans leurs programmes scolaires ». Mieux, il doit « prendre les mesures nécessaires pour que lesdits programmes atteignent les femmes et les filles dans les écoles privées, y compris les écoles confessionnelles, ainsi que celles qui sont non scolarisées ». On n’en est visiblement pas là. Le point 8 du texte cité plus haut précise davantage que « l’article 14.1.a), b), c) et f) du Protocole garantit expressément le droit à la planification familiale, et l’article 14.2.c), […] ».