lundi, octobre 3, 2022
Home Extraction minière, comment enquêter ?
Array

Extraction minière, comment enquêter ?

Malgré son sous-sol riche en minerais, notamment l’or, le diamant, le cuivre, l’uranium, le pétrole, le cobalt, l’Afrique reste pauvre. Tandis que ses ressources naturelles sont exploitées, le continent s’enrichit plutôt en conflits sanglants De quoi s’interroger avec Kossi Baloa, le directeur du Forum Pamela Howard, forum qui a organisé un débat en ligne le 18 août dernier sur « Comment enquêter sur l’exploitation minière », sur qui sont les acteurs du secteur minier africain.

Par Adrienne Engono Moussang

Le continent africain, très minier mais bien miné

Au cours de ce webinaire très riche et couru, trois journalistes ont croisé le verbe pour tenter de faire comprendre les jeux et enjeux de l’industrie minière en Afrique contribue où des foyers de tension et de déstabilisation socio-politiques existent ou couvent surtout dans la quasi-totalité des pays au sud du Sahara: Vincent Namrona, chargé de recherches en sciences de l’information et de la communication à l’Université Côte d’Azur de la ville de Nice en France, spécialiste de communication sur les ressources naturelles dans les pays francophones en conflit au sud du Sahara: avec un focus sur la Centrafrique, Arnaud Nguefack, journaliste à Canal 2 international et directeur de publication du journal « infos Majeures au Cameroun et Élie Kaboré, formateur et directeur de publication de Mines Actu au Burkina Faso ont donné aux participants les clés pour les enquêtes sur l’exploitation minière.

 Selon, Kossi Balao, sur le plan mondial, le continent africain c’est 30% de réserves minières 4% de réserves de platine, 78% de diamant, 40% de chrome, 8% de manganèse. Il occupe le premier rang de producteur de bauxite.

Vincent Namrona est convaincu de ce que c’est parce que les pays d’Afrique au sud du Sahara sont encore liés par des accords en vigueur et que tous les dirigeants qui essayent de ne pas respecter lesdits accords sont chassés du pouvoir. Le chargé de recherche en sciences de l’information et de la communication accuse les responsables des États de se laisser manipuler.

De l’avis d’Élie Kaboré qui révèle que la nécessité de faire intervenir les nationaux est en débat au Burkina Faso: « Il manque à l’Afrique l’expertise. On a l’impression qu’elle a été surprise par ses mines pourtant il y a des exploitations minières de plus de 100 ans au Ghana et en Afrique du Sud. (…) Il n’y a pas de ressources humaines. Les exploitants miniers sont venus chercher leur argent. C’est les États qui ont fait la promotion de leur sous-sol qui doivent savoir si cela rapporte ou pas ». Il dénonce l’absence de cadre juridique et réglementaire et cite pêle-mêle, le manque d’une politique et d’une juridiction adaptée, l’absence de volonté pour améliorer le secteur, les conflits d’intérêts, le laxisme de la justice qui ne joue pas son rôle.

Au Cameroun, pays marqué par une série de décès dans les puits miniers depuis le mois de juin 2022, « Il y a des textes, le code minier existe, ce qui pose problème c’est l’application desdits textes..
Le Cameroun a une nouvelle société, la Société nationale des mines (Sonamines) Ndlr, avant c’est le ministère en charge des Mines qui délivrait les agréments. », clarifie Arnaud Nguefack.

Dans un puits minier à l’Est du Cameroun, enfants et parents à la recherche de la pitance

Des hommes et femmes des médias du Burkina Faso qui, grâce à un travail de relecture critique du code minier de 2003 ont contribué à la modification de ce document et à la publication d’un autre un peu plus adapté en 2015

Faut-il se résigner et regarder l’Afrique se vider de ses ressources ? Non ! rétorquent les trois panélistes qui soutiennent que les journalistes ont une responsabilité. Ceux-ci en collaboration avec la société civile, doivent jouer un rôle de chien de garde.  « Il faut une communauté des journalistes d’investigation pour dénoncer et faire bouger les choses », tranche Élie Kaboré. Il étaye par l’exemple des hommes et femmes des médias du Burkina Faso qui, grâce à un travail de relecture critique du code minier de 2003, ont pu amener les autorités à produire d’un autre document un peu plus adapté en 2015. 

Comment lever les nombreux obstacles rencontrés dans ce secteur très opaque ? Où l’exploitant dit bénéficier des faveurs du ministre, un autre de la protection du directeur général quand ce n’est pas celle de la première dame, du Premier ministre, etc. Les experts du jour, tout en reconnaissant la complexité du travail des journalistes, conseillent de ne pas baisser les bras et prescrivent aux spécialistes de la plume et du micro de tisser de bonnes relations avec les sources.

Éviter de se limiter aux sources de l’administration

Arnaud Nguefack propose de ne négliger aucune source dans la recherche des réponses à la question d’enquête, car parfois, la source sur laquelle le journaliste espère le plus peut se rebiffer. Il est alors important, par exemple de contacter les mécontents de l’entreprise. Il suggère de bien identifier le problème et d’explorer les enquêtes précédentes sur la question.

Allant dans le même sens, Vincent Namrona renchérit qu’il faut éviter de se limiter aux sources de l’administration. Il recommande de se garder d’enregistrer les déclarations de sa source mais plutôt de prendre des notes pour la mettre en confiance.

Le directeur de publication de Mines Actu au Burkina Faso va compléter en souhaitant que les journalistes exploitent les différents rapports (celui de l’Itie (Initiative de transparences dans les industries extractives (Ndlr) par exemple), qu’ils utilisent aussi les moteurs de recherche plus performants avec des bases de données fiables. Revisiter les contrats miniers, en insistant sur les annexes, connaître la loi sur l’exploitation minières pour pouvoir découvrir les écarts avec la pratique sur le terrain, ce que l’État gagne ou perd, le cahier de charges, la part des communautés riveraines. Il conseille aussi de s’intéresser à la fiscalité, etc.

Parfois, après tous ces efforts, il peut arriver que la diffusion du travail soit bloquée par le responsable du média parce que l’intérêt de l’enquête ne rejoint pas les visées commerciales de l’entreprise de presse. Pour Arnaud Nguefack il faut bien vendre son sujet à sa hiérarchie, de manière à la convaincre.

- Advertisment -

Most Popular

Recent Comments

fr_FRFrançais