lundi, octobre 3, 2022
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Ebo :: Deux ans après la suspension de la création de l’UFA

Le classement de ce massif par le gouvernement en vue de son exploitation avait été contesté par certains fils de la localité ; sauf que malgré l’interruption de l’arrêté, le bois est coupé par des inconnus.

Par Adrienne Engono Moussang

« Depuis un certain temps, nous ne respirons pas avec des vrombissements des moteurs des grumiers. Ceux-ci ne roulent que la nuit et c’est ainsi qu’ils nous abîment la route parce qu’ils passent lourdement chargés de billes de bois. Curieusement, on ne les voit pas souvent lorsqu’ils sont vides », c’est le discours que tiennent des populations du tronçon non bitumé Batanga-Cananga, dans l’arrondissement de Bokito, département du Mbam et Inoubou, région du Centre.

Selon d’autres témoignages recueillis dans cette zone, d’importantes quantité de bois sortent régulièrement par-là. « J’ai constaté que ces grumiers sortent d’ailleurs puisqu’à ma connaissance, aucune activité de coupe de forêt ne se déroule dans ce secteur », indique, sans plus, un chasseur dans le village Cananga. A la mairie de Bokito, une source ayant requis l’anonymat déclare que : « Ce bois sort des forêts des Banen. Tel qu’il est transporté, il doit être coupé frauduleusement ». Il s’agit, sans nul doute du bois exploité dans le massif forestier de Ebo.

Une source bien proche du dossier relève que c’est à cause de cette pratique frauduleuse que le gouvernement a classé ce massif forestier afin de faire bénéficier les populations des infrastructures et d’autres réalisations de son exploitation. « Ce sont les populations qui doivent définir ce qu’elles attendent de l’investisseur qui exploite leur forêt : route, école, centre de santé, adduction d’eau, etc. Et c’est ce cahier de charges que doit respecter l’exploitant », lâche-t-elle. « De toutes les façons, cette zone n’est pas habitée. Il est alors difficile de prétendre garder cette forêt que personne ne voit lorsqu’elle est coupée », songe cette source.

C’est bien ce qu’avait pensé une autre élite Banen pour qui l’exploitation du massif par une entreprise comme UFA allait permettre l’accès à leurs villages abandonnés aux heures du maquis. « Nous sommes nombreux à ne pas connaître nos racines parce que nos parents, pour les uns et grands-parents, pour les autres, ont migré vers d’autres villes que nous considérons comme nos villages », indique un Banen rencontré à Yaoundé.

Rappel :: Une forêt, une histoire :: 68.386 hectares de toutes les convoitises

Par Adrienne Engono Moussang

Tout a commencé quelques jours après le décret signé par le Premier ministre le 14 juillet 2020. Joseph Dion Ngute a décidé de classer la forêt de Ebo dans le domaine privé de l’Etat. A sa suite, le ministre des Forêts et de la Faune va créer une Unité Forestière d’Aménagement (UFA 07-006). L’exploitation de l’UFA fera l’objet d’un appel d’offres.

Sauf que ce massif forestier de 68.386 hectares que se partagent les départements de la Sanaga maritime et du Nkam, dans la région du Littoral, et le Mbam et Inoubou, dans le Centre a une histoire. Celle qui fait que ses fils, longtemps en exile ne s’entendent pas sur le sort à réserver à leur terre, riche en faune et surtout en espèces florales.

Comme le rappelait le ministre des Forêts et de la Faune (MINFOF), Jules Doret Ndongo, au cours d’un point de presse de circonstance en 2020. « Au départ, la population riveraine de ce massif forestier était favorable à la création par l’Etat, d’un parc national sur 141 000 ha dans la localité. »  Le MINFOF de poursuivre : « après le processus d’étude de cette éventualité qui s’est déroulé entre le 3 mai 2006 et 2012, la population s’est très vite ravisée pour solliciter la création d’une Unité forestière d’aménagement, économiquement plus rentable à moyen terme. »

Pour Victor Yatina, chef traditionnel, il n’en est pas question.  « L’ensemble de notre population ne peut pas comprendre que pareille chose se passe. L’Etat nous a demandé de sortir de nos terres en 1963 par rapport au contexte historique de l’époque qui était le maquis. Depuis lors jusqu’aujourd’hui, nos villages sont dépeuplés. Et alors que des activités sont menées pour que les gens puissent retourner sur leurs terres, l’on nous sort maintenant un avis de classement qui veut dire que nos terres vont passer dans le domaine privé de l’Etat qui va s’offrir un titre foncier. Cela veut dire que nous n’avons plus de terres », s’exprimait-il à l’époque des faits sur Canal 2 International. Contacté pour un avis sur l’état actuel du projet de retour sur la terre natale ; il ne semble pas prêt à parler.

Or, au vu du relief de Ebo, des experts reconnaissent qu’il est possible d’avoir une Unité forestière d’aménagement et une aire protégée. « L’UFA permet d’avoir de retombées à court terme et l’aire protégée de gagner à long terme avec la loi APA (Accès et partage juste et équitable des avantages découlant des ressources génétiques et des savoirs traditionnels) ».

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