dimanche, juillet 3, 2022
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Apollinaire Ngos, l’une des figures de la résistance aux agro-industries du Cameroun

A 38 ans, Apollinaire Ngos défie déjà les détenteurs de terres qui violent les droits fonciers de la communauté Song Bikoun, dans l’arrondissement d’Eséka, département du Nyong-et-Kellé, région du Littoral (Cameroun).

Par KENFACK

Rentré sur la terre de ses ancêtres depuis quatre ans, il revendique un espace vital pour plus de 600 personnes qui sont situées certes au cœur des plantations de la Société camerounaise des palmeraies (Socapalm), mais marginalisées en termes d’accès à l’énergie électrique et aux infrastructures communautaires de base (écoles, points d’eau potable, hôpitaux…). C’est grâce à son dynamisme et ses propres ressources que M. Ngos a raccordé son village au réseau électrique. « Notre communauté est lésée et marginalisée depuis plus de 60 ans. Nous subissons toutes les humiliations, la pollution et autres. Ce sont des manquements qu’il faut corriger », confie le jeune activiste. Dans les années 70, la Socapalm a bénéficié d’une concession de 9600 hectares qu’elle n’a pas tout occupé. Elle a mis en valeur 2601 hectares.

Le combat qu’il mène est motivé par une raison simple. « La Socapalm a voulu faire une extension à laquelle nous nous sommes opposés catégoriquement. Elle se sert de ses fermiers pour étendre ses plantations. Ils sont actionnaires de la Socapalm et travaillent pour le compte de l’agro-industrie », confie-t-il. Apollinaire Ngos estime que le fait que d’avoir transformé les parcelles d’Eséka en plantations villageoises devrait profiter aux populations riveraines. Or, en l’état actuel, la plupart des fermiers travaillant en partenariat avec la Socapalm sont originaires de l’arrondissement de Messondo, voisine de celui d’Eséka dont il est originaire. Il est d’ailleurs en procès avec l’un d’entre eux, Mme Emilienne Ngo Bikogo, qui l’accuse de coaction de destruction.

Les plantations villageoises, un stratagème pour spolier les terres

Lors de l’audience correctionnelle du 16 novembre 2021 tenue au tribunal de première instance d’Eséka, l’affaire a été mise en délibéré pour le 21 décembre prochain par le deuxième juge Philomène Fotsa, à la demande de Me Mandeng, l’un des avocats de la partie civile qui a fait valoir des soucis de santé. Ce dernier avait d’ailleurs sollicité le renvoi à janvier 2022. Ngos dénonce ce qu’il qualifie de mafia. « La Socapalm a créé des plantations villageoises et a fait croire qu’elle est détentrice de toutes les terres, surtout les terres riveraines qui bordent leurs plantations. Ceux qui exploitent ces espaces estiment que pour sécuriser leurs champs de noix estiment qu’ils peuvent dégager l’espace contiguë. Ils se comportent comme si la Socapalm leur avait donné le droit d’exploiter ces terres en plus des plantations villageoises. A l’analyse, on se rend compte que la Socapalm les utilise pour voler les terres des villageois », déclare-t-il.

A sa suite, son avocat, Me Matip précise que la stratégie consiste à spolier les populations de leur patrimoine foncier, au point où pour semer les produits agricoles, il faut parcourir 15 à 20km pour trouver des terres à exploiter. Dans le plaidoyer qu’il mène, Apollinaire Ngos est soutenu par le chef traditionnel de premier degré du canton Ndog Njee, Gabriel Mayi Matip, qui estime que s’il y a des avantages en jeu, ils devraient profiter à toutes les communautés riveraines.

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