dimanche, mai 22, 2022
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Accès à l’eau :: Le supplice des habitants de Yaoundé

Des nuits blanches, des longues distances à parcourir pour trouver la petite goûte de cette denrée pas toujours de bonne qualité.

Par Mayva Saha

Accéder à l’eau potable dans la ville de Yaoundé, est une véritable difficulté pour un grand nombre de ménages. Au quartier Nkolbisson par exemple, le 23 mars dernier, il est environ 8h lorsque Ulrich Abong va à la quête de l’eau potable. « Il n’y a plus d’eau à boire à la maison. Je vais justement au forage pour voir car c’est souvent à cette heure qu’il est ouvert », raconte Ulrich. Une fois au point de desserte du forage, l’eau coule au compte-gouttes. Estimant le nombre d’heures que cela pourrait prendre, Ulrich Abong décide de remplir seulement les bouteilles, laissant son grand bidon vide et sans eau. Au bout de quelques minutes, l’eau cesse de couler. Le jeune homme range le reste de bouteilles vides et retourne chez lui. « C’est récurrent ici. Pour avoir de l’eau normalement, il faut espérer qu’il n’y ait pas de coupure d’électricité pendant plusieurs jours, puisque c’est un forage. C’est cette eau qu’on boit chez nous. Parfois quand on doute de la qualité, on y ajoute simplement des gouttes de javel pour la rendre potable », explique le jeune homme.

De la même manière, nombreux sont les ménages qui font face à un sérieux problème d’accès à l’eau potable. Dans ce même quartier de l’arrondissement de Yaoundé 7e, le forage est une tendance. Trois ménages sur cinq en possèdent.   « C’est pratique. Avec le forage, ma petite famille est à l’abri du besoin en eau », confie Alain Mengue, habitant du coin. Il dit avoir opté pour ce moyen après de lourdes factures de consommation d’eau. « Il y a de cela quelques années, la société chargée de la distribution de l’eau m’a adressé une facture mensuelle de 100 000 Fcfa pratiquement et puisqu’à l’époque on s’abreuvait en eau potable à la source, j’y ai prêté un regard beaucoup plus attentif. Je trouvais désormais cette eau meilleure que celle que je payais. Elle était propre, agréable à boire. J’ai donc décidé quelques temps plus tard de me faire un forage, car ne pouvant avoir une source d’eau à la maison. Aujourd’hui il suffit de le traiter régulièrement et on n’a plus de problème d’eau potable », explique-t-il.Dans l’arrondissement de Yaoundé 6e, au lieu-dit Montée-Jouvence, la plupart des ménages optent pour de l’eau minérale. « Je préfère acheter de l’eau minérale vu la qualité de celle des robinets et des puits. Elle est vraiment impropre à la consommation. Il est vrai ce n’est pas toujours évident vu la conjoncture actuelle. Mais je me soucie de la santé de ma famille », confie Anne Messe, habitante de ce quartier. À côté, il y en a d’autres qui se ravitaillent au puits, décantent l’eau lorsqu’elle est colorée, puis la potabilisent pour en faire une eau buvable. Au niveau de « Maison rose Damas », les populations décrient en plus de la qualité, des coupures d’eau récurrentes. « Il y a des saisons où l’eau est tellement rare. Même pour le ménage. Les coupures c’est pratiquement tous les deux jours, il faut donc être aux aguets à chaque fois que l’eau revient, même si c’est tard dans la nuit », explique une ménagère.

En rappel, le Cameroun s’est joint à la communauté internationale le 22 mars dernier pour célébrer la Journée mondiale de l’eau sur le thème: « Eaux souterraines: rendre visible l’invisible ». La situation ne concerne pas que l’eau. Les coupures d’électricité sont récurrentes.

Précisions

Pénuries :: Le gouvernement explique

Gaston Eloundou Essomba, le ministre de l’Eau et de l’Energie était face à la presse le 31 mars 2022.

 « Notre économie a connu une période de stagnation entre 1990 et 2006. Période pendant laquelle les investissements publics dans le secteur de l’électricité ont été gelés du fait de la diminution drastique des ressources budgétaires de l’Etat qui ne lui permettaient plus de s’endetter auprès d’institutions financières internationales. En effet, la survenance de la crise économique en 1987, du fait de la chute des cours mondiaux de nos principales matières premières d’exportation, a stoppé le développement des investissements du secteur de l’électricité qui étaient exclusivement adossés sur les recettes de l’Etat. Ainsi, entre 1990 et 2006, aucun nouvel ouvrage de production hydroélectrique ainsi qu’aucun autre investissement majeur dans le réseau de transport ne seront exécutés. Il en est de même pour les projets de transport d’électricité tels que l’augmentation des capacités de transformation et le bouclage des principales villes de notre pays », a signalé le Ministre de l’Eau et de l’Energie (MINMEE), Gaston Eloundou Essomba. « Cette période de stagnation aura des conséquences majeures au début des années 2000 où, pour la première fois, le mot délestage sera prononcé du fait d’un déséquilibre structurel entre l’offre et la demande en électricité », a-t-il  poursuivi.« Globalement, ce sont davantage les difficultés liées à la surcharge des équipements de transport et de distribution, qui sont à l’origine des interruptions de l’électricité. Certains équipements de transport et de distribution sont aujourd’hui surchargés, notamment les transformateurs qui sont sollicités au-delà de leur capacité. Cette situation engendre des déclenchements des lignes, suivis des rationnements (délestages). Des interruptions de courant interviennent également lorsqu’il y a des travaux de maintenance sur les lignes de transport. Dans le domaine de la distribution de l’électricité, l’une des causes des délestages résulte de la chute des poteaux bois utilisés par le Concessionnaire Eneo. En effet, 60% sur un parc de 1 300 000 poteaux sont à remplacer sur l’ensemble du territoire national. Ainsi, environ 31 000 poteaux béton ont été installés entre 2019 et février 2022 », va encore indiquer le MINMEE.

« S’agissant du déficit structurel entre l’offre et la demande de production en électricité, la stratégie du gouvernement a consisté à développer dans l’urgence plusieurs ouvrages importants. C’est ainsi qu’on va assister à un accroissement de l’offre de production basée principalement sur des solutions thermiques. C’est le sens de la mise en service des centrales thermiques de Limbé, d’une puissance de 85 Mw (pour soutenir la demande dans les régions du Sud-Ouest, du Littoral et du Nord-Ouest), de Bamenda (20 Mw), de Dibamba à Douala 86 Mw, d’Ahala à Yaoundé (60 Mw), de Mbalmayo (10 Mw) et d’Ebolowa (10 Mw) et de la centrale à gaz de Kribi (216 Mw). Cependant, conscient des coûts onéreux de la production à partir des centrales thermiques, l’Etat s’est résolu à développer une stratégie d’accroissement de l’offre de production à partir de l’hydroélectricité à travers les projets de Lom Pangar (30 Mw), Memve’ele (211 MW), Mekin (15 Mw) et Nachtigal (420 Mw). A moyen terme, des projets en cours de maturation seront mis en œuvre, à l’instar de la centrale thermique à gaz de Limbé (350 MW), et les barrages hydroélectriques de Grand Eweng (1000 MW), Chollet (600 MW), Kikot (500 MW), Katsina Ala (285 MW), Menchum (72 MW), etc… sans oublier le projet hydroélectrique de Bini à Warack, d’une capacité de 75 Mw », a encore relevé le ministre.

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